La transformation de l’offre médico-sociale à travers ses réformes et son ouverture vers le milieu ordinaire n’a de sens que si elle part des personnes elles-mêmes et non de ce que les professionnels ou les administrations pensent être « bons » pour elles. Il s’agit bien d’accompagner les parcours et de les optimiser pour une meilleure qualité de vie des personnes et leur inclusion, comme tout citoyen, dans la société. Mais pour cela, il faut soutenir leur autodétermination et leur pouvoir d’agir.
Selon Piveteau (2022), l’autodétermination n’est pas un privilège réservé à quelques-uns qui en seraient capables. Pour l’auteur, il faut porter sur chaque personne un « regard de capacité ». L’autodétermination doit être un principe régulateur de chaque accompagnement : « ce n’est pas la personne qui doit se hisser au niveau qu’exigerait son « autodétermination ». c’est le principe d’autodétermination qui vient, par construction, se placer au niveau de chacun, pour le rejoindre dans ses capacités » (Piveteau, 2022, p. 20).
Cela implique de profonds changements du côté des professionnels et des organisations qui doivent soutenir l’expression des personnes, prendre le temps de l’écoute, trouver les meilleurs compromis entre collectif et rythme de la personne, ses priorités, ses aspirations. Il ne s’agit pas de faire sans contraintes, il est question de placer la personne comme sujet principal de l’accompagnement et non comme simple usager de services. Wehmeyer et Sands (1996, cités par Lachapelle et Wehmeyer, 2003, cités par Lachapelle et al., 2022, p. 35) définissent l’autodétermination comme « les habiletés et attitudes requises chez une personne lui permettant d’agir directement sur sa vie en effectuant librement des choix non influencés par des agents externes indus ».
A travers ce concept, les professionnels doivent intégrer dans leurs pratiques la notion de risque. Celle-ci est inhérente à toute expérience. C’est en essayant, en réussissant et en échouant que ce crée l’expérience et que le parcours devient unique. Pour cela, il est important que les organisations donnent cette possibilité aux professionnels en leur laissant à eux-aussi un pouvoir d’agir. Les démarches d’amélioration continue de la qualité doivent être traversées par ces principes. Les procédures, bien que nécessaires au bon fonctionnement d’un établissement ou d’un service, ne doivent pas être restrictives vis-à-vis des projets des personnes.
Pour cela, Piveteau (2022) invite les acteurs à penser ce « pouvoir d’agir » en miroir. Autrement dit, selon lui, il est primordial, pour soutenir le « pouvoir d’agir » des personnes accompagnées, que les cadres remplissent une fonction « facilitatrice » et accompagnante auprès des professionnels.
Références
Lachapelle, Y., Fontana-Lana, B., Petitpierre, G., Geurts, H. & Haelewyck, M. (2022). Autodétermination : historique, définitions et modèles conceptuels. La nouvelle revue – Éducation et société inclusives, 94, 25-42.
Piveteau, D. (2022). Experts, acteurs, ensemble… pour une société qui change. Choisir un métier de travail social, c’est se donner le « pouvoir d’agir », avec les personnes que l’on accompagne, pour faire advenir une société « inclusive ». s.l.

